Ultime Notizie

LES FRANCAIS SOUS L’OCCUPATION ALLEMANDE- PROF.SSA PATRIZIA OLIVIERI

0

« L’humanité n’est pas un état à subir. C’est une dignité à conquérir……  On la conquiert sans doute au prix des larmes » d’après « Les animaux dénaturés » de J. Bruller (Vercors).

 

Les Français sous l’occupation allemande                                                                                                                                                                                                                                                                           

1940-1941 : l’égarement et la résistance civile

On n’a pas la tâche facile quand on cherche à mettre au jour l’état d’esprit régnant en France pendant l’occupation allemande, même s’il ne faut pas un effort considérable d’imagination pour se rendre compte de sa qualité en connaissant la rigueur inquiétante des allemands et les initiatives de Vichy en matière de collaboration et de répression qui effaçaient tout embryon de ce qui rend inviolables les principes inspirateurs de la Constitution française, qui encadraient donc les français, à toutes étapes de leur vie,                 de manière à avoir un pays pénétré de l’esprit du régime, dans lequel les individus n’étaient alors plus « libres et égaux en droit, ni dépositaires de la souveraineté ».                                                                                                                 Le Gouvernement de Vichy se faisait beaucoup d’illusions, il avait proposé un armistice (ce fut en effet une proposition de la France, pas un ordre de l’Allemagne) et non une capitulation dans l’espoir de faire survivre le Gouvernement français, il s’était donc décidé de rompre avec l’ancien régime républicain et les valeurs démocratiques et de liberté individuelle qui bâtissaient la physionomie du pays persuadé que la France de la tactique du « donnant-donnant », qui collaborait donc, pouvait ainsi se voir reconnaître la légitimité sur tout le territoire, reconstruire son armature, son indépendance, devenir en plus un partenaire de l’Allemagne dans le « bloc-allemand » et établir sa place dans le nouvel ordre européen.

Les français n’affrontèrent bien sûr pas la crise vécue par le pays, à la suite de l’occupation, de la même manière toutefois, dans l’amertume, la stupeur et la consternation, encore troublés par le souvenir de lourdes années de guerre et préoccupés par leur survie, ils suffoquaient les frustrations et les rancunes et la plupart d’entre eux se résignaient : ils adoptaient alors « une attitude attentiste ».                                                                                                                                                   Dans les premiers temps, même si dans l’opinion publique la légitimité du régime de Vichy restait teintée d’ambivalence, on lui faisait confiance, on supposait en effet que son choix de l’armistice serait un arrangement provisoire permettant à la France de sortir de la condition de faiblesse où elle demeurait,                on percevait donc la proposition  de collaboration du Gouvernement comme inéluctable, un enjeux politique  pour éviter l’effondrement du pays dans un nouveau conflit, en vue d’une résolution de l’occupation.                                                                            A l’immense majorité des français qui n’entendaient pas réagir à l’écrasement allemand par le feu et l’épée, même si bien d’entre eux n’hésiteront jamais, même au péril de leur vie, à assurer leur complicité aux résistants  de la première heure, et à une gauche en plein désarroi qui piétinait sous l’équivoque du pacte germano-soviétique d’août 1939, bien que le gouvernement de Vichy eut fait arrêter Léon Blum et cinq de ses ministres en septembre 1940, s’ajoutaient des républicains et des anarchistes qui laissaient faire et des intellectuels désorientés, tombés dans un état d’hébétude, délivrés à l’immobilisme.                                                                                         On faisait donc confiance au maréchal Pétain, ancien héros de la première guerre mondiale, sauveur de la patrie, qui bénéficiait encore d’une fervente gratitude, dans l’illusion de mettre un terme au cauchemar où le pays était tombé, de rétablir l’ordre, la stabilité et la souveraineté française.

Les manifestations de résistance active étaient au début rares, on compte toutefois des actes de résistance  dès 1940, localisées surtout en zone occupée où la présence de l’ennemi était plus obsédante, d’initiative individuelle, même quand celui qui commettait l’acte de dissidence était inscrit à un parti, d’hommes et de femmes de tous âges, souvent jeunes voire très jeune, et de toute provenance, d’individus patriotiques, courageux, motivés par le refus de l’humiliation, par une attitude donc sourdement hostiles à l’occupant qui avait humilié et écrasé la France, qui dénonçaient les mensonges de la propagande : comme le défilé non-autorisé des étudiants qui remontaient les Champs Elysées à Paris, le 11 novembre 1940, en criant « Vive De Gaulle » ou les manifestations d’aversion au régime de Vichy, dans les rues, de la part de lycéens et d’étudiants qui ont distribué, à partir de novembre-décembre 1940, des journaux communistes et des tracts de la contre-propagande [comme Pierre Fugain arrêté, en mai 1941, à 22 ans, pour diffusion en Isère de la propagande communiste et incarcéré ou les élèves du Lycée Champollion de Grenoble qui ont commencé à distribuer, dès novembre 1940, des tracts et à faire des graffitis subversifs sur les murs de la ville), les actions de Guy Môquet qui collait des  « papillons » et qui distribuait des tracts à Paris, qu’il lançait même depuis les balcons des cinémas, pendant l’été 1940 (des slogans contre la misère qui accablait les français et contre le régime de Vichy, qui demandaient aussi la libération de son père Prosper Môquet, cheminot syndicaliste et député communiste arrêté en 1939 : « Châtiment pour les responsables de la guerre ! Liberté pour les défenseurs de la paix ! Libérez Prosper Môquet. Député des Épinettes » ; « Libérez Prosper Môquet, jeté en prison par Daladier pour avoir voulu la paix […] » ; « Un emploi pour les jeunes qui corresponde à leurs aspirations » ; « Pour les chômeurs, la famine. L’opulence aux profiteurs de guerre. Chômeur, fais rendre gorge aux voleurs. Exige l’indemnité de 20 francs par jour », « À bas la dictature de Laval ». Arrêté, il sera le plus jeune des vingt-sept otages fusillés en représailles après la mort de Karl Hotz, le 22 octobre 1941 : il n’avait que dix-sept ans ], les réflexions écrites sur l’antisémitisme, dès novembre 1940, du révérend père jésuite Yves de Montcheuil, qui deviendra aumônier du maquis du Vercors, l’appel à la désobéissance civile que fit circuler, soit en 1940 soit en 1941, le général de brigade aérienne en retraite Gabriel Cochet, pour lequel la défaite avait été un véritable coup de poignard dans le dos, l’engagement personnel du doyen de la faculté des sciences de Grenoble, le socialiste René Gosse, qui ne pouvait se résoudre à accepter l’armistice, qui n’hésitera donc pas à écrire à Pétain pour le prévenir de sa responsabilité morale envers la destinée du pays, ce qui lui coûtera la révocation de sa charge de doyen de l’Université des sciences de Grenoble, ou celui d’un fonctionnaire inconnu, Jean Texcier, qui a distribué en cachette à Paris, en août 1940,  des tracts subversifs, « Conseils à l’occupé » (« Etale une belle indifférence mais entretiens secrètement ta colère. Elle pourra servir. »).                                                                                                                                                            Dans les sources historiques de l’époque (surtout des comptes rendus et des dossiers policiers et des actes d’accusation et de condamnation de crimes rédigés par les allemands ou par Vichy), dans lesquelles on a puisé les informations sur les actions de dissidence (qui nous renseignent en plus sur la relative préoccupation des allemands face à ces premières manifestations de résistance, perçues plutôt comme de simples actes de banditisme), on relève aussi des actions de sabotage, comme celle aux lignes téléphoniques allemandes de Rouen, le 20 juin 1940, sur l’initiative d’un ancien combattant de la première guerre mondiale, ouvrier agricole, Etienne Achavanne, fusillé le 4 juillet 1940, l’imprimerie de faux documents, comme la réalisation de photographies pour faire de faux papiers dans le couvent de la Trappe de la Dombes (dans le département de l’Ain), où les moines ont apporté, dès 1940, leur soutien au maquis et cachés aussi des munitions et du matériel de la contre-propagande, la réaction de 80 députés (dont trois, Séraphin Buisset, Lucien Hussel et Léon Martin de l’Isère, département entre les sillons  rhodanien et alpin, en territoire dauphinois, où la résistance s’est distinguée par des actions héroïques, surtout lors de la libération) qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain, les actions du mouvement d’opposition à l’armistice dans les colonies, la rédaction et la diffusion de bulletins et de journaux clandestins (comme « La vie ouvrière » reparu clandestinement en février 1940, « L’Humanité » lancé à la fin de 1940, «Liberté », en zone non-occupée, fondé en novembre 1940, « Combat » et « Libération », publiés après juin 1941. (On comptera, à la veille de la libération, beaucoup de feuilles clandestines. Certaines feuilles ont eu une durée de parution limitée mais leur tirage atteindra plus de deux millions d’exemplaires, c’est-à-dire autant que la presse autorisée).

Jusqu’en début 1941, une bonne partie de l’opinion publique, même les esprits les plus alertés, étouffée par les difficultés matérielles, collaborait par abandon de toute velléité, donc par soumission ou par prudence, parfois sa collaboration s’appuyait sur une bonne dose d’insouciance, alors on finissait par s’incliner uniquement par convenance.  Bon nombre de français se montraient en plus douteux face aux manifestations anarchiques des résistants de la première heure, pour ardemment qu’ils aient souhaité de se libérer du joug allemand, à cause des actions non dépourvues de rudesse de ces dissidents, parfois de véritables flambées de terrorisme alimentées par une haine trop fortement contenue, souvent associées par la population à la menace de la bête noire bolchevique, mais aussi par peur du danger réel d’une réaction armée allemande ou pour un certain embrigadement des esprits à la suite de la  Révolution Nationale.

L’appel du 18 juin 1940 de radio Londres du général De Gaulle ne sera pas entendu par tous les Français.   Dans certaines zones du pays, beaucoup plus nombreux seront ceux qui l’apprendront par les rares journaux locaux qui l’avaient publié, surtout en zone libre, et pas beaucoup essaieront une entente avec la Résistance extérieure. La Résistance intérieure sera toujours écartelée, du reste, entre la Résistance extérieure qui organisait des interventions stratégiques pour mener à bonne fin l’opération du débarquement et l’urgence d’une action immédiate, ce qui lui sera reproché par le général de Gaulle à la suite des meurtres de 1941 qui n’avaient produit aucun bénéfice immédiat sauf, par contre, la perte inutile de vies humaines.

 

Juin/août 1941-1942 : la répression empire, la résistance active s’organise (la lutte armée)

Dès décembre 1940, la volonté d’agir deviendra de plus en plus une urgence : l’arrogance des nazis et la  Révolution Nationale de Vichy écrasaient la dignité des français, les arrestations, les déportations ,les tortures avant d’être fusillés d’anciens dignitaires de la IIIe République, de fonctionnaires communistes ou de syndicalistes se multipliaient (comme celles de Pierre Mendès France, Paul Raynaud, Maurice Gamelin, Georges Mandel, Jean Zay, hommes de la IIIe République, hostiles à l’armistice, qui furent internés ou assassinés), toute activité politique et syndicale était en outre interdite, les réquisitions de main-d’œuvre pour la cause allemande se faisaient plus fréquentes, on assistait impuissant à l’application de mesures discriminatoires et aux premières rafles de Juifs, la pénurie de nourriture, les restrictions imposées et les interminables queues devant les magasins n’épargnaient personne, soit en zone libre soit en zone occupée.                                                                                                                                                                       Les actions de refus de la soumission demeuraient individuelles, mais l’esprit de résistance se délinéait car on créait des sections de mouvements clandestins, à-vrai-dire encore peu organisés en forme paramilitaire, qui regroupaient des civils de toute origine, de toute condition sociale et de toute confession, même des étrangers et des militaires. En plus, les étudiants commençaient à manifester et à distribuer des bulletins ou des feuilles clandestines communistes d’une façon plus systématique et bien des religieux ne pouvaient plus se taire face aux actes de répression, d’imposture et de servilité qui attentaient à la vie spirituelle, même si la hiérarchie catholique avait adhéré au Régime de Vichy, tellement que nombre d’eux n’hésiteront pas à les condamner dans leurs sermons, à prendre position à cet égard auprès des administrations ou par des actions d’aide des persécutés, beaucoup d’entre eux entreront en outre dans la clandestinité (parmi lesquels le jeune vicaire de la cathédrale de  Grenoble, Henri Groués, en 1942, qui prendra le nom d’abbé Pierre, et le père Yves de Montcheuil, activement dès 1942, auprès des maquis du Vercors ), des personnalités du monde culturel hostiles aux résolutions de Vichy choisissaient l’engagement résistant ou elles publieront aussi dans des journaux clandestins, même de l’exile (par exemple René Char, Jean Prévost, Robert Desnos, André Malraux ,Jean Bruller -alias Vercors, François Mauriac, Louis Aragon, Elsa Triolet, Albert Camus, Paul Valéry, Paul Eluard, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Jules Supervielle, Joseph Kessel).                                                                                       Les résistants mettront en place, eux-mêmes, des presses clandestines qui compteront la participation de grands artistes, la revue « Les Lettres Françaises », créée par Jacques Decour et Jean Paulhan en octobre 1941, mais à plein régime plus tard, sera la plus importante revue publiée en clandestinité (des artistes incontournables y publieront leurs œuvres, parmi lesquels Louis Aragon, Elsa Triolet, François Mauriac qui feront partie du groupe originel. La romancière et journaliste Edith Thomas sauvera la revue après l’arrestation de Decour et l’entrée en clandestinité de Paulhan. Sa publication cessera en 1972 pour être reprise entre 1990 et 1993 et à partir de 2004 sous différentes formes de distribution. Depuis 2015 elle ne connaît qu’une version informatique). En zone sud, « Le Comité des écrivains », c’était l’équivalent des Lettres Françaises, fondé en 1941 par Louis Aragon, Jean Prévost, Georges Sadoul, Stanislas Fumet et d’autres intellectuels, pourra s’exprimer par sa revue clandestine, « Les étoiles », publiée au début de 1943, (au total 19 numéros mensuels).  A partir de l’automne 1942, les « Editions de minuit », la plus connue maison d’édition dans la clandestinité, fondées par Pierre de Lescure et Jean Bruller dès 1941, publieront une série de contes, romans, poèmes, essais, 25 livres à 500 exemplaires, autrement interdits. (Le premier roman édité, « Le silence de la mer » de Vercors, sera distribué sous le manteau en février 1942).

Le grand tournant, ce fut entre juin et août 1941 : la Résistance actives se manifestait à l’opinion publique et le parti communiste passait au militantisme à travers de nombreuses actions terroristes ( harcèlements                       de l’ennemi, sabotages, homicides spectaculaires), lors de leur départ forcé pour travailler dans les usines allemandes, les jeunes-gens choisissaient souvent la clandestinité, ainsi que des exilés, des dissidents traqués et des gens venus d’horizons divers qui s’engageaient (on organisait des maquis dans les Alpes, le Massif central et les Pyrénées), les dénonciations se faisaient plus systématiques, la terreur allait remplacer la résignation (les premières manifestations spectaculaires de la Résistance ont été l’exécution de l’enseigne de vaisseau Alphons Moser ,le 21 août 1941, à la station de métro Barbès-Rochechouart de Paris, par la main d’un militant communiste, Pierre Georges dit le Colonel Fabien, et l’homicide du commandant des troupes d’occupation de la Loire-Inférieure, Karl Hotz, par la main de  trois résistants, le 20 octobre 1941 à Nantes, ou les tentatives de meurtre d’hommes de l’armée allemande, comme celle du sous-officier Ernst Hoffman, le 3 septembre 1941 à Paris, boulevard de Strasbourg, organisée par trois membres de l’Organisation spéciale communiste. « Au total,54 actions terroristes en juillet 1941,73 en août, 134 en septembre,162 en octobre »).

Les réactions des allemands ne se sont pas fait attendre, impitoyables et immédiates : détenus de droit commun et communistes pris comme otages et fusillés, l’ordre à Vichy de mettre fin immédiate au terrorisme [ le Gouvernement de Vichy fera preuve d’une « collaboration loyale » (En juin 1942, Pierre Laval déclarait: « Je souhaite la victoire allemande parce que, sans elle, le bolchevisme, demain s’installerait partout »), d’une rigueur sans égal contre communistes, anarchistes et réunions privées, même en demandant aux hauts fonctionnaires de prêter sermon au maréchal]. En novembre 1942, les Allemands entraient dans la zone libre de la France et l’occupaient : leurs revendications débordaient le cadre de l’armistice. C’était « la guerre totale », officiellement la réaction au débarquement des Alliés en Afrique du Nord (du 8 novembre 1942), mais aussi une occasion pour une action énergique contre les sursauts de la dissidence dans la zone non occupée. La police allemande se bornait officiellement à surveiller pour assurer la sécurité du Reich en territoire français libre, tandis que les autres actions menaçant l’ordre en général restaient de compétence de la police de Vichy, laquelle sera chargée de cette même tâche en zone occupée, alors que toutes activités susceptibles d’atteindre à l’intégrité de l’occupant restaient du ressort de la police allemande. Le Gouvernement de Vichy s’acharnera, contre l’évidence, à préserver l’illusion d’une souveraineté.

Avec l’occupation allemande de la zone libre, on s’est bientôt rendu compte que ce n’étaient plus des minorités qui étaient opprimées, mais tous les français.                                                                                                                          En effet, le durcissement du système totalitaire allemand et de Vichy laissaient présager une évolution des horreurs, surtout la mobilisation de travailleurs imposée dès septembre 1942, des hommes de 18 à 50 ans et des femmes célibataires de 20 à 35 ans à occuper dans un service obligatoire en Allemagne (que le 16 novembre 1943 assumera le nom officiel de Service de Travail Obligatoire-STO), les arrestations et les exécutions, souvent uniquement en représailles, de résistants liés à des partis ou qui ne professaient aucune foi idéologique et de gens qui avaient simplement aidé des persécutés, l’escalade de la Solution finale de la question juive des nazis en Europe, mise en exécution en automne 1941, qui concernera la France surtout à partir du 29 mai 1942 , quand les allemands ont appliqué, même en zone non occupée, le port obligatoire de l’étoile jaune (le gouvernement de Vichy refusera, d’abord, de prendre une mesure similaire, même s’il sera obligé de marquer sur les papiers concernant les juifs le mot « juif »). Ce fut toutefois la montée des rafles en zone libre, à la suite de son occupation par les nazis, qui marquera un tournant dans la vision des français des mesures discriminatoires et répressives appliquées. Les rafles étaient en effet devenues encore plus brutales, accablantes, laissant pressentir que les déportations, perçues comme n’importe quelle autre répression en cours, visaient en fait un autre but que celui indiqué dans les communiqués officiels : l’indifférence des premiers temps face au sort de minorités se muait donc en inquiétude pour un danger collectif possible.

L’hostilité et le refus montaient, l’angoisse aussi et avec elle les réfractaires au STO.  L’exigence d’agir                       dans le plus bref délais pour éviter que l’occupant s’installe avec son Gouvernement mettait alors en évidence que les actions des résistants de l’intérieur ne pouvaient plus être confiées à de nouveaux afflux spontanés, en effet les réfractaires et des dissidents hétérogènes, de plus en plus nombreux, se réfugiaient dans les montagnes et dans d’autres zones inaccessibles et par groupes occasionnels faisaient leurs actions de maquisards, d’autres groupes de résistants multipliaient leurs attentas de mouvements de dissidence mis sur pied. Les maquis étaient très divers, peu structurés, sous-équipés, souvent sans formation opérationnelle. Ils procédaient encore de la rencontre fortuite de personnalités les plus disparates, même remarquables (par exemple des intellectuels comme Pierre Dalloz, écrivain, architecte, photographe et un des membres fondateurs du maquis du Vercors, Simon Nora, spécialiste de questions économique, après haut  fonctionnaire de l’état, et l’historien Marc Ferro, des écrivains comme Jean Prévost, des humanistes tel que l’abbé Pierre ou le père Yves de Montcheuil), et ils agissaient selon l’urgence du moment, souvent encore par initiative individuelle.                                                                                                                                                                                                                                                                     Le problème du ravitaillement et de la discipline dans les groupes, pour mener à bonne fin les actions, poussera à encadrer les maquis dans une formation unitaire (à laquelle on reconnaîtra donc le rôle de guérilla active, sous le contrôle alors d’un chef), et les autres groupes de résistants à modifier leurs formes d’action, à essayer donc de se réunir, malgré les cloisonnements et les divergences, en groupes organisés et à chercher des contacts avec la dissidence extérieure. Les maquis seront bientôt reliés à la résistance extérieure et aux autres résistants intérieurs déjà encadrés dans le MUR (Mouvement Unis de la Résistance, l’organisation en zone sud réunie sous Jean Moulin), dépendants donc soit du MUR régional soit du MUR départemental, et organisés par sections à l’intérieur des actions et des objectifs à atteindre du Mouvement.

1942-1943 : unification de la Résistance intérieure et extérieure    

Entre 1941 et 1943, De Gaulle réunira à l’extérieur la France Combattante, c’est-à-dire les Forces Françaises Libres (FFL) (qu’il avait mis sur pied en juillet 1940, avec aussi des Armées d’Afrique) qu’il mettra en contact avec des résistants intérieurs : Jean Moulin sera chargé d’unifier en France les deux mouvements de résistance, c’était la naissance de l’Armée Secrète (AS), et le général Delestraint sera nommé chef de cette Armée. La résistance intérieure s’organisera, en zone sud, en Francs-Tireurs Partisans (mouvement combattant communiste, branche armée du Front National), Combat et Libération (mouvements de résistance non-communistes), tandis qu’en zone nord, où la dissidence avait du mal à promouvoir l’unification en mouvements de résistance à cause du durcissement du régime policier allemand, elle demeurera divisée en réseaux clandestins (comme Libération-Nord, Ceux de la Libération, Organisation Civile et Militaire, Ceux de la Résistance) et en Front National, groupe de résistants communistes, fondé en mai 1941, qui opérait soit en zone nord soit en zone sud. Le 26 janvier 1943, Henri Frenay, chef de « Combat », Emmanuel d’Astier de la Vigerie, chef de « Libération » Sud et Jean-Pierre Levy, chef de « Francs-Tireurs », signaient l’acte officiel de naissance du Mouvement Unis de la Résistance (MUR) en zone sud, le 27 mai 1943, Jean Moulin réunissait sous sa présidence le Conseil National de la Résistance (CNR), l’organe qui rassemblait les délégués des mouvements de la Résistance, des partis politiques et des syndicats sous l’autorité de De Gaulle. Le 29 décembre 1943, trois grands mouvements de zone nord, « Défense de la France », « Résistance » et « Lorraine » entraient dans le MUR, qui deviendra alors « Mouvement de libération nationale (MLN).  [Le 13 juin 1943, la « France Combattante » devenait le « Comité français de Libération Nationale » (CFLN) et en août 1943, les « Forces Françaises Libres » (FFL) prenaient le nom d’ « Armée Françaises de Libération »].

1942-1944 : la radicalisation de la répression et les combats de forces résistantes unies : le danger d’une guerre civile 

Les années de 1942 à 1944 connaîtront une radicalisation de la répression des allemands et de l’état policier de Vichy, à la suite de l’occupation allemande de la zone libre et de la partie italienne qui échappait à son contrôle, de la création du Service d’ordre légionnaire, en juillet 1942, et de la Milice française, voulue par le chef du gouvernement Pierre Laval, en janvier 1943. (Cette dernière formation finira par être une organisation totalitaire capable des pires atrocités, comme la Gestapo). Nombreuses les arrestations, les déportations et les épurations (comme la Saint-Barthélemy grenobloise en novembre 1943), la collaboration idéologique empirait (les dénonciations des espions se faisaient plus fréquentes, des groupes minoritaires d’admirateurs du fascisme et du nazisme souhaitaient créer en France un régime analogue, des écrivains exaltés faisaient l’éloge du triomphateur et ils prêchaient un régime plus autoritaire, des aventuriers qui jouissaient de la protection des allemands, souvent dépourvus de connaissances politiques, même des trafiquants, ne collaboraient que pour faire de bonnes affaires ), l’empire français était entre temps occupé par les forces belligérantes de libération anglo-américaines qui ne reconnaissaient plus le Gouvernement de Vichy mais seulement la France Combattante, le pays connaîtra à nouveau d’atroces bombardements car les Alliés voulaient raser les lieux de ravitaillement allemand, on constituait enfin des forces  de résistance combattantes armées (nées de la fusion de divers groupes de résistance ou de dissidence de l’intérieur avec la France Combattante  devenue « Comité Français de Libération Nationale » (CFLN) , réunis donc dans l’Armée Française de Libération) qui allait se distinguer par ses nombreuses actions subversives et de combat, mais au prix de lourdes pertes, Jean Moulin et le général Charles Delestraint étaient arrêtés (Delestraint le 9 juin 1943, dans le 16e arrondissement de Paris. Il sera placé en détention et après déporté au camp de concentration de Natzwiller-Struthof en Alsace et plus tard à Dachau, où il est mort peu avant l’arrivée des Alliés. J. Moulin sera arrêté le 21 juin 1943, par la Gestapo de Lyon, et il mourra sous la torture).                                                                                                                                                                      Dans ce climat, les événements accéléraient, la colère montait, les résistants combattaient à visage découvert (comme l’action d’éclat des maquis de l’Ain, environ deux cents, qui défilèrent, le 11 novembre 1943, le jour de l’anniversaire de l’armistice de 1918, dans les rues de la ville d’Oyonnax pour montrer leur patriotisme à ceux qui les prenaient pour des terroristes, avant de regagner le maquis. Le défilé s’arrêtera au monument aux morts pour y déposer, tandis que la Marseillaise retentissait, une gerbe de fleurs en forme de croix de Lorraine avec l’inscription « Les vainqueurs de demain à ceux de 1914-1918 »), dès 1942, nombre de cadres militaires  passaient à la dissidence, par exemple les membres de l’école des cadres d’Uriage de Grenoble, l’officier des Chasseurs alpins Alain Le Ray (fondateur avec Pierre Dalloz et Yves Farge du premier comité du Vercors), le général Jean de Lattre de Tassigny (qui sera l’un des chefs de la France Libre) ou le jeune officier de carrière Théodose Morel  (le commandant « Tom » du plateau des Glières), la résistance juive s’organisait et elle rejoignait bientôt les maquis (elle bénéficiera de l’aide d’institutions religieuses, d’employés de mairie, de personnes anonymes pour se procurer, dans ses tentatives de se soustraire à la répression, de faux papiers et de faux certificats de baptême et de naissance), on châtiait les pétainistes et les collaborateurs de façon à les mettre hors d’état de nuire. L’épuration était souvent débordante, impitoyable et les représailles des allemands et des collaborationnistes devenaient d’une étonnante sauvagerie et d’une violence inouïe, disproportionnées, d’épouvantables exactions surtout contre les civils : il régnait une atmosphère de violence implacable, de vengeance et d’insurrection populaire.                                                                                                                                                                  Une haine longuement étouffée par peur d’une autorité écrasante et dictée par une débordante nécessité morale éclatait donc sans bornes, même violente et sommaire, mais population et combattants conjuguaient aussi leurs forces contre la barbarie nazie et de la milice et contre les trahisons des fidèles au régime motivés par un sentiment de charité, de pitié, de générosité, par dévouement sans égal envers les persécutés. Des hiérarchies du régime prenaient en outre les distances face aux répressions antisémites et contre les civils (comme la hiérarchie catholique ou protestante, qui levait sa voix contre les rafles et les déportations et qui apportait son soutien aux réseaux d’aide aux juifs pourchassés ou qui couvrait la fuite des persécutés), des affiches placardées annonçaient partout l’insurrection pour soutenir l’avancée de l’armée anglo-américaine et des résistants de la France Libre (le sens de sacrifice ne fera jamais défaut, même si on était à bout de souffle, lorsqu’il s’agira d’ouvrir des voies aux colonnes des alliés qui avançaient, tel que celui des maquis du Vercors, en juillet 1944, écrasés sous le poids de l’artillerie lourde, des blindés et des avions allemands, ou des résistants en Bretagne , fin juillet-début août 1944, qui réussiront toutefois à libérer la plupart des villes françaises avant l’arrivée des troupes Alliées). De quelque côté qu’on se tournât, on percevait le cri de douleur d’hommes de toute origine et de toute formation et confession à bout de forces mais qui retrouvaient, dans un dernier élan d’espoir, le courage de réagir, de lutter pour recouvrer la liberté longtemps niée (comme le soulèvement de Paris, du 19 au 25 août 1944, qui anéantissait les forces belligérantes allemandes).

Depuis 1944 : l’épuration et le rétablissement de l’autorité  

Avec la Libération, résistance et population, exacerbées par les exactions subies, réclamaient justice : elle sera étendue (de 1944 à nos jours) et jusqu’au moment où on a rétabli l’autorité, une véritable épuration, surtout contre ceux qui avaient trahi la France dans ses valeurs, immédiate donc contre les dignitaires de Vichy, traînés en Haute-Cour, et contre ceux qui avaient sciemment collaboré, même sans avoir eu un rôle institutionnel, donc des auxiliaires trop zélés de Vichy ou des collaborationnistes, parfois jugés et exécutés de façon sommaire. Dans les proclames pour les célébrations du patriotisme français qui suivirent, on affirmera, au nom de la justice souhaitée par le peuple, être dépositaire du salut et de l’honneur de l’humanité entière qui avait connu les pires atrocités, même de la mémoire des événements, mais le jugement des événements aura lieu dans des tribunaux qui ne sauront pas appliquer toujours la même rigueur et qui ne sauront pas évaluer les différents niveaux des crimes perpétués et des responsabilités, qui ne sauront donc pas mettre en lumière le crime sans égal contre l’humanité qui s’était produit et inscrire donc ce crime dans l’ordre juridique français.                                                                                                                                                                   Dans plusieurs domaines, on verra en outre revenir à la surface ce qui existait avant : « La République du silence » de Sartre sera souvent « un retour discret aux pratiques et aux hommes du passés », tout restait donc en place.                                                                                                                                                                                 Elle saura se racheter quand, sous la pression d’une opinion publique qui ne se résignait pas, qui fouillait dans les documents ou qui poursuivait inexorable sa propre enquête, elle soumettra à révision des procès ou quand elle n’hésitera pas à mener son combat contre l’oubli, à honorer, même bien des années après ces événements tragiques, la mémoire des victimes. Par exemple, le procès qu’après quatre années d’instruction et quarante-trois années d’impunité, du 11 mai 1987 au 3 juillet 1987, a condamné à la réclusion à perpétuité pour crime contre l’humanité Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, qui avait ordonné, le 6 avril 1944, la rafle et la déportation des enfants juifs de la colonie d’Izieu, près de Bellay, dans l’Ain, mais qui s’était rendu coupable, pendant la guerre, de bien d’autres crimes (il avait été aussi le bourreau de Jean Moulin). Ce procès représentera un tournant dans la perception des responsabilités des exterminations en temps de guerre et il élargira la notion de victimes des crimes contre

l’humanité.

BIBLIOGRAPHIE et FILMOGRAPHIE ESSENTIELLES :                                                                                                              -Marc Olivier Baruch, Le régime de Vichy-La Découverte-1996                                                                                                            -H.Rousso, Les années noires-Vivre sous l’occupation-Découvertes Gallimard-1992                                                                            -Roberto O. Paxton, La France  de Vichy-1940-1944-Edition du seuil -1997                                                                                        -Alfred Sausy, La vie économique des Français de 1939 à 1945-Flammarion-1978                                                                                -Serge Berstein-Pierre Milza, Histoire du vingtième siècle-1939-1953-Hatier-1987                                                                                                                                                       -Pierre Laborie, L’opinion française sous Vichy-Seuil- 1990                                                                                                                                       -Georges Duby, Histoire de France-Larousse-1970                                                                                                                                           -Jean-Pierre Martin, De l’armée des ombres à l’armée des Alpes-La résistance Rhône-Alpine (1940-1945)-Alan Sutton-2001                                                                                                                                                                                  -Jacques Juillard, La quatrième République-Calman-Lévy-1968                                                                                                                              -1939-1945- l’Isère en résistance- L’espace de l’histoire du Musée de la résistance et de la Déportation de l’Isère-par Jean Claude Duclos-ed. Le Dauphiné-2005                                                                                                                         -Finkelkraut Alain, La mémoire vaine du crime contre l’humanité, Gallimard, Paris, 1989                                                              -Chalendon Sorj, Nivelle Pascal, Crimes contre l’humanité, Barbie-Touvier-Bousquet-Papon, Plon, 1998                                                                                                                   -David Rodogno, Il nuovo ordine mediterraneo-Le politiche di occupazione dell’ Italia fascista in Europa (1940-1943)-Bollati-Boringhieri-2003                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              -Archives départementales de l’Ain- L’Ain de 1939 à 1945- De la guerre à la liberté-par P.Cattin et                                              R. Dusonchet -Bourg 1998                                                                                                                                            -Piéranne Gausset, Nantua, la mémoire vive-Musée départemental d’histoire de la  Résistance et de la Déportation de l’Ain et du Haut-Jura-Musnier-Gilbert éditions-2000                                                                                                                                                           -La maison d’Izieu- Mémorial des enfants juifs exterminés – sources de la Maison d’Izieu-2003                                                                                                                                                                             -Pierre-Jérome Biscarat, Les enfants d’Izieu :6 avril 1944- Un Crime contre l’humanité -éd. Le Dauphiné-2003                                                                                                                                                                                                                       -Jean-Pierre Azéma- Robert Belot, Le duel Jean Moulin- Henry Frenay-L’histoire n.275-avril 2003                            -Jean Moulin, Préfet, artiste et homme d’action-par l’Institut Jean Moulin-Bordeaux-1994                                                                                                                                        -La lettre de la Fondation de la Résistance-revues trimestrielles- dal 1993-et site officiel                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   -Parole d’Etoiles-Mémoire d’enfants cachés 1939-1945-sous la direction de Jean-Pierre Guéno- Librio-1999  -Emmanuelle Loyer, Paris à New York. Intellectuels et artistes français en exile-1940-1947-Grasset 2005         -Eric Roussel, De Gaulle- Folio Gallimard-2008                                                                                                                  -Didier Fischer, Le mythe Pétain-Flammarion                                                                                                                                               -André Malraux, Œuvres complètes 1-2-La Pléiade- 1989                                                                                                   -Albert Camus, Œuvres complètes -Pléiade- 2008                                                                                                                 -Oliver Todd, Malraux, une vie- Gallimard-2001                                                                                                                    -Oliver Todd, Albert Camus, une vie- Gallimard-2001                                                                                                                                                                                                                                    -François Mauriac, Le cahier noir-éditions de Minuit-1947                                                                                              -François Mauriac, Œuvres autobiographiques- La Pléiade-Gallimard-1990                                                                      -Vercors, Le silence de la mer-Livre de poche-1967                                                                                                      -Vercors, La bataille du silence-ed. de Minuit 1992                                                                                                                                                              -Les lettres françaises-site officiel du journal                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             -Vidéo Ina sur l’occupation et la résistance en France- d’après le site officiel et  youtube                                                                                                                                                                          -Louis Malle, Lacombe Lucien- film 1974                                                                                                                               -Louis Malle, Au revoir les enfants-film 1987                                                                                                                                               -François Truffaut, Le dernier métro-film 1980                                                                                                                                         -Claude Chabrol, L’œil de Vichy- film 1992                                                                                                                              -Jean Marbeuf, Pétain-film 1992

 

Commenti

commenti